Cette histoire est incroyable et montre jusqu'où peuvent aller les vexations contre les chrétiens au Pakistan.

Le 26 juin 2008, Saba âgée de 12 ans et Aneela, sa petite sœur âgée de 10 ans sont enlevées dans la petite ville de Chowk Munda au Pakistan. Younis Masih leur père ne cesse de se démener pour les récupérer, mais sa plainte est jugée irrecevable par la police, parce qu'il est chrétien, et il est enjoint de se taire. Puis les kidnappeurs, quatre hommes connus comme des trafiquants, se présentent à leur tour la police, non pour se rendre, mais pour demander la garde des fillettes, alléguant qu’elles s’étaient converties à l’islam et que de ce fait, leur propre père, un chrétien, n’avait plus d’autorité légale sur elles.

Il a fallu plusieurs semaines avant que Younis, aidé par des avocats et par le ministère des Minorités et des Droits humains puisse déposer officiellement plainte. Il ne se sent plus en sécurité dans son pays où les chrétiens – moins de 2% de la population - sont opprimés à la fois par des groupes islamistes et par ceux qui profitent de la faiblesse du système politique pour s’en prendre aux chrétiens.

« Ils pensent que nous ne sommes pas des êtres humains et que nous les chrétiens n’avons pas de dignité », a-t-il confié à son avocat.

Les deux soeurs ont finalement comparu devant le tribunal du District de Muzaffargarh quelques minutes à peine, pour témoigner de leur conversion à l'islam. Elles étaient entourées d'une quinzaine d'hommes, tous musulmans. Younis et son épouse ne les avaient pas revues depuis leur enlèvement le 26 juin dernier alors qu'elles allaient chez leur oncle à Sarwar Shaheed (240 km au sud-ouest de Lahore) non loin de chez elles. Pour Younis, il ne fait aucun doute que ses filles n'ont pas la liberté de s’exprimer : «Elles sont avec ces hommes depuis les 20 derniers jours. Ils ont fait pression sur elles».

Les parents des deux filles n'ont pas été autorisés à leur parler, ni à montrer leurs certificats de naissance et de scolarité qui attestent de leur âge. Younis craint que ses filles n'aient subi des abus sexuels et été placées dans un réseau de prostitution. Aidés par un avocat défenseur des droits de l'homme, les parents ont fait appel de ce jugement.