La communauté copte (chrétiens orthodoxes d'Egypte) a été la cible d'une fusillade à l'arme automatique dans le village de Nagaa Hammadi, dans le gouvernorat de Qenaen, en Haute-Egypte, mercredi 6 janvier alors que les fidèles sortaient de la messe de minuit de la fête de Noël qu'ils célèbrent le 7 janvier (jour de l'Epiphanie). La fusillade a fait sept morts, dont six parmi les fidèles et un policier, ainsi qu'une dizaine de blessés.

"Nous avons terminé la messe à 23H00 (21H00 GMT) et je me suis dirigé vers l'évêché, où j'ai vu un homme à bord d'une voiture en train de tirer à l'arme automatique contre tous les coptes qui passaient devant le bâtiment de l'évêché", raconte Anba Kirolos, évêque de Nagaa Hamadi. L'homme "a ensuite continué à tirer dans les rues de la ville sur les coptes".

L'évêque a déclaré que "l'auteur de ce crime est connu et fiché" par la police et "aurait dû être arrêté", mais bénéficiait de protections de la part de personnalités proches du Parti national démocratique (PND au pouvoir). La communauté copte dénonce régulièrement le "laisser-faire", sinon la protection des coupables, de la part des autorités égyptiennes censées la protéger.

Selon les services de sécurité, "le principal assaillant serait un habitant de la ville qui s'appelle Mohamed Ahmed Hussein (musulman), connu des services de police". Depuis une semaine, des chrétiens de la ville recevaient des menaces sur leur téléphones portables affirmant que les musulmans allaient "venger le viol de la fillette lors de la fête de Noël", a poursuivi Mgr Kirolos. En novembre dernier, en effet, une agression sexuelle contre une fillette musulmane de 12 ans par un jeune copte, près de Nagaa Hamadi, avait provoqué la colère des musulmans et des violences contre la population copte locale.
La Haute-Egypte compte les plus fortes concentrations de coptes, atteignant parfois un tiers de la population, notamment dans le gouvernorat de Qena, où s'est produite la fusillade de mercredi. La région a longtemps abrité les groupes islamistes radicaux qui avaient fait des chrétiens égyptiens leur cible. Ces cellules ont depuis été éradiquées, mais le sud égyptien continue à être endeuillé par la pratique du tha'r, code de l'honneur assimilable à la vendetta, engageant l'ensemble d'un clan. L'implication d'un copte dégénère souvent en affrontement interconfessionnel.

Le lendemain, jeudi, des affrontements ont eu lieu avec la police tandis que 2 000 personnes s'étaient rassemblées devant l'hôpital où avaient été transférées les dépouilles des morts. La police a tenté d'empêcher ce rassemblement, provocant la réaction de la foule et des jets de pierres. La police a riposté à coup de grenades lacrymogènes et de lances à eau.
Selon des témoins, les manifestants ont lancé des slogans comme "Non à l'oppression" ou "ô croix, nous te défendrons par notre âme et notre sang". En fin de matinée, les heurts ont cessé, mais manifestants et forces de l'ordre continuaient de se faire face aux abords de l'hôpital.

L'Eglise copte d'Egypte prétend rassembler quelques 10 millions de fidèles (sur une population de 72 millions), soit deux fois plus que les statistiques officielles qui parlent de 5 à 6 millions de fidèles. On ne peut prétendre obtenir des données fiables à ce sujet dans un pays où "l'unité nationale" est un objectif sacro-saint et où les coptes (8% à 13 % de la population) font figure de moutons noirs. La communauté chrétienne copte se plaint depuis des années d'une discrimination et de harcèlement officieux. Ils sont notamment écartés des postes clés de l'armée, de la police ou des universités, sinon pour un ou deux contre exemples réalisés à des fins politiques.

Depuis, les incidents – autour de projets de construction d'églises ou de rumeurs de "conversions forcées" à l'islam – se sont multipliés, provoquant un repli de la communauté chrétienne, son émigration ou sa radicalisation.


Mise à jour Février 2011 : Mohamed Ahmed Hussein, a été condamné à mort (par pendaison) pour cet acte. Ses deux complices ont été acquittés.
Selon les rumeurs, il s’agissait en fait de la vengeance du député du parti du président Moubarak, qui n’avait pas pardonné aux coptes de l’avoir fait échouer lors des précédentes législatives.