PERSÉCUTIONS DANS LE MONDE


Trois églises ont été la cible de bombes incendiaires le 8 janvier 2010 en Malaisie, sur fond de polémique concernant l'utilisation du mot "Allah" par les chrétiens. La première attaque a visé l'église pentecôtiste ''Metro Tabernacle'' à Desa Melawati. Un engin incendiaire a été lancé par des inconnus à moto peu après minuit et a ravagé le rez-de-chaussée du bâtiment, essentiellement des bureaux, situé dans une zone résidentielle, sans faire de blessés. Vers 4 h 30 du matin, un autre engin incendiaire de même facture a été lancé contre l'église catholique de l'Assomption, à Petaling Jaya, près de Kuala Lumpur, par un homme en motocyclette, échouant cette fois à incendier l'édifice. A 9 h du matin, deux cocktails Molotov étaient jetés par un motocycliste à l'intérieur de la Life Chapel, de l'Eglise évangélique de la Brethren Church, toujours à Petaling Jaya, causant des dégâts légers.

Le Premier ministre Najib Razak a condamné ces attaques qui se sont produites à l'aube dans la banlieue de Kuala Lumpur, assurant que le gouvernement "prendrait toutes les mesures nécessaires pour empêcher ces actes". Le ministre de l'Intérieur Hishammuddin Hussein pour sa part a expliqué que les responsables du pays étaient très préoccupés par la situation.

"Nous ne voulons pas que cela se transforme en quelque chose d'autre (...) J'assure non pas aux minorités mais à tous les Malaisiens qu'ils sont en sécurité".

Le gouvernement estime néanmoins qu'Allah est un mot de l'islam qui ne peut être employé que par les musulmans, ce que conteste une partie des érudits musulmans du pays. La justice malaisienne a d'ailleurs déclaré illégale l'interdiction faite aux chrétiens de désigner leur Dieu par le nom d'Allah.

Des musulmans ont cependant manifesté vendredi devant les deux principales mosquées de la capitale, tenant un discours plus radical.

"Nous ne laisserons pas le mot Allah être inscrit dans vos églises", ont-ils scandé devant la mosquée Kampung Barhu.

Une cinquantaine d'entre eux brandissaient des pancartes "L'hérésie prend naissance dans la mauvaise utilisation des mots", ou "Allah n'est que pour nous".

Trois autres lieux chrétiens ont été la cible de violences le lendemain. Un cocktail molotov a été lancé contre le poste de garde d'une institution catholique, sans déclencher d'incendie, à Taiping, tandis que plusieurs bouteilles brisées, dont certaines avaient contenu du dissolvant, ont également été retrouvées près de l'une des plus vieilles églises anglicanes du pays, l'église All Saints. Des vitres d'un temple protestant situé dans le sud-ouest de la capitale malaisienne ont été visées par des jets de cocktails Molotov qui n'ont pas fait de victimes. Une partie des murs a été brûlé, selon le pasteur Philip Loke.

Eglise de Desa Melawati

Les tensions sont survenues après que la justice saisie, a reconnu le droit au journal catholique Herald -The catholic Weekly d'utiliser le mot "Allah" pour désigner le dieu chrétien dans son édition destinée aux chrétiens de langue malaise de Bornéo. Mais certains musulmans du pays estiment que le journal cherche à créer la confusion dans leur communauté religieuse afin de susciter des conversions. Le père Lawrence Andrew, directeur de publication du journal, a dénoncé une campagne d'intimidation contre son hebdomadaire, également visé par des cyber-attaques. L'hebdomadaire est édité en quatre langues, avec environ 14.000 exemplaires par semaine dans un pays qui compte quelque 850.000 catholiques (9% de la population, à 60% musulmane).

La Haute cour de Malaisie a suspendu sa décision. Le gouvernement s'est prévalu d'une décision du Haut conseil national de la fatwa de mai 2008 statuant que le mot "Allah" ne peut être utilisé que par les seuls musulmans en Malaisie.

Le premier ministre du pays , Najib Razak, a vivement rejeté les accusations de l'opposition selon lesquelles son parti, l'Organisation nationale malaise unie (UMNO), qui recrute principalement son électorat parmi la population musulmane malaise, était responsable des violences. Le gouvernement a essuyé un recul sans précédent aux élections de 2008, sous la pression des minorités qui dénoncent tout à la fois une islamisation rampante, la corruption et une mauvaise gestion économique.

L'utilisation du mot «Allah» pour désigner le Dieu des chrétiens est courante dans des pays arabophones tels que le Liban et l'Égypte, mais les musulmans de Malaisie jugent la question très sensible dans un pays comptant d'importantes minorités. Ils accusent les chrétiens d'utiliser ce mot pour convertir les musulmans. La police a renforcé les mesures de sécurité autour des églises du pays.
Najib a dénoncé les attaques et dit que des mesures seraient prises contre leurs auteurs. De sa gestion des tensions religieuses, semble dépendre son maintien au pouvoir à l'issue d'élections qui doivent se tenir d'ici 2013.

Le mot ''Allah'' aurait plusieurs origines débattues. Pour certains, il s'agit de la forme arabe de l'invocation divine générique de la Bible : « Eli » ou « Elôï », « Mon Dieu » en hébreu. Eloah (pluriel : Elohim), signifie « Dieu » en hébreu. Une autre opinion veut que le mot soit la contraction de Al-Ilāh, (« le Dieu ») en arabe. Le mot se compose de l'article ال al, qui marque la détermination comme notre article « le », et de إِلَاه ilāh, qui signifie « (un) dieu ». Al suivi de ilāh donnerait Allāh par apocope du deuxième terme. De sorte, Allah se traduirait littéralement par « le Dieu » — usage qui rappelle celui du mot « Dieu » écrit avec une lettre capitale en français.

Le site italien « Asianews.it » (PIME) précise que le mot « Allah » est utilisé depuis au moins le XVe siècle par les non-musulmans : les chrétiens utilisaient le mot de « Allah » déjà à l'époque de l'Etat précolonial du sultanat de Malacca, vers 1402. Et l'un des premiers dictionnaires imprimés en langue malay est un dictionnaire malay-latin, de 1631, qui contient déjà aussi le mot « Allah ».

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