Une foule d'au moins 1000 personnes a mis le feu à deux églises protestantes à Sibuhuan (Sumatra-Nord). Ces incendies sont le point culminant de la tension qui règne dans la communauté islamique locale qui se dit lasse de voir «trop de fidèles et trop de gens qui prient» dans un lieu qui n'est pas légalement enregistré comme une église.
Le chef du district de Padang Lawas, Bassorah Lubis, a déclaré :
« Les assaillants sont arrivés en un éclair. Leur nombre était énorme, plus ou moins un millier. Ils étaient en colère parce que l'administration de l'église n'avait pas répondu à leurs demandes: de changer l'usage de ces “lieux de prières” en “bâtiments neutres.” »
Selon la police, aucun des deux bâtiments n'avaient reçu de permis de construire et ils devaient être considérés comme des «lieux de prière» et non comme des «églises».
C'est qu'en Indonésie, soumise à la loi islamique, un permis spécial (izin Mendirikan Bangunan, la DGI) est nécessaire pour construire une église. Le processus pour obtenir le permis est presque toujours difficile et la communauté islamique veut combattre l'arrivée de nouvelles églises. Cette absence de permis légal est devenu la source principale de la violence des musulmans contre les chrétiens.
Cet incident porte à 18 le nombre d'églises catholiques et protestantes qui ont été cibles de violences depuis le début du second mandat du président Susilo Bambang Yudhoyono, depuis le 20 octobre 2009. Le P. Benny Susetyo, secrétaire exécutif de la Commission pour l'œcuménisme et les affaires interreligieuses de la Conférence des évêques catholiques d'Indonésie, met directement en cause le président de la République, lui reprochant de ne pas dénoncer avec vigueur ces actions criminelles ni de mobiliser l'administration pour arrêter les coupables.
En 2007, plus d'une centaine d'attaques contre des églises chrétiennes avaient été recensées, suivi par une accalmie dans ces attaques. Aujourd'hui, souligne le P. Benny Susetyo, il semble que le président Yudhoyono laisse faire son ministre des Affaires religieuses, Suryadharma Ali, qui est aussi le dirigeant d'un parti musulman, le PPP (Partai Persatuan Pembangunan, Parti du développement uni). Le Rév. Gomar Gultom, secrétaire général de la Communion des Eglises protestantes, partage la même analyse.
« J'ai le sentiment que le président Yudhoyono a laissé ces attaques se produire », explique-t-il à l'agence Ucanews. Durant les cent premiers jours de son deuxième mandat, Yudhoyono n'a pas diligenté de poursuites judiciaires contre les personnes qui ont été appréhendées dans le cadre d'attaques d'église.
Pour Theopilus Bela, secrétaire général du Comité indonésien des religions pour la paix,
« le président Yudhoyono est un homme bon mais faible. Il n'agit pas avec fermeté pour empêcher les groupes radicaux de passer à l'action et pour sanctionner les autorités locales qui laissent agir ces groupes. Il est très décevant de constater que de telles attaques continuent de se produire et que rien n'est fait pour y mettre fin ».
Dans un pays où les musulmans sont très majoritaires (86,1 % de la population selon le recensement de 2000), les chrétiens (5,7 % de protestants et 3 % de catholiques) se heurtent régulièrement à de graves difficultés dès qu'ils désirent construire ou agrandir leurs lieux de culte. Outre une législation très contraignante en ce domaine, les chrétiens doivent faire face aux agissements de groupes radicaux musulmans qui n'hésitent pas à user de violence pour empêcher le bon fonctionnement des communautés chrétiennes.

1. Le jeudi 12 janvier 2012 à 03:12, par replica watches
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