Du 12 décembre 2010 au 8 mai 2011 a lieu une exposition à Avignon intitulée "Je crois aux miracles" dans le musée de l'exposition Lambert. Ce musée existe depuis 2000 et se démarque par une ouverture très large à des artistes divers, dont beaucoup ont réalisé des œuvres uniques spécialement pour ce lieu. La collection s’est enrichie de 400 œuvres en 10 ans.

Cette année, elle a engagé une exposition initulée Je crois aux miracles qui doit représenter le foisonnement des artistes invités à des expositions qui ont fait date. L’exposition est conçue selon un voyage réel et imaginaire à travers les œuvres de trois mouvements phare, l’Art minimal, l’Art conceptuel et le Land art. Aux grands noms liés à ces mouvements historiques (Richard Long, Christo, Dennis Oppenheim...) sont présentés des artistes moins connus et qui reviennent dans l'actualité internationale (David Askevold, Jan Dibbets, David Lamelas...).

Une exposition large donc. Parmi ces nombreuses oeuvre, l'une est une photographie de l'artiste Américain Andres Serrano qui représente un crucifix plongé dans de l'urine, et intitulé Piss Christ.
Cette photographie date de 1987 et avait déjà provoqué un tollé aux Etats-Unis, d'autant que l'oeuvre était soutenue par des fonds publics. Une autre de ses oeuvres représente une madonne à l'enfant plongée dans l'urine également.

Le "Piss Christ" avait déjà été exposé dans cette collection en 2006 à Avignon, plus discrètement. Mais cette année, le musée a curieusement décidé de faire de cette photo l'illustration de son exposition, et de la faire ainsi placarder partout dans la ville. Ce crucifix dans l'urine est ainsi visible sur tous les supports qui parlent de l'exposition, tant sur internet qu'à l'office du tourisme, ce qui a de quoi offenser les catholiques.

L'institut Civitas est monté au créneau et a réclamé le retrait de l'oeuvre ainsi que le boycott des marques qui soutiennent l'exposition, en des termes durs (leur pétition a néanmoins reçu déjà 54 000 signatures). La fraternité Saint Pie X a réagi également par des temps de prière devant le musée.

L'évêque d'Avignon, monseigneur Cattenoz a demandé lui aussi le retrait de cette oeuvre dans un communiqué :

"Devant le côté odieux de ce cliché qui bafoue l’image du Christ sur la croix, cœur de notre foi chrétienne, je me dois de réagir. Toute atteinte à notre foi nous blesse, tout croyant est atteint au plus profond de sa foi.
Devant la gravité d’un tel affront, j’ai essayé de joindre en urgence le responsable de l’exposition pour lui demander de retirer le cliché mis en cause ainsi que les clichés affichés dans la ville ; je n’ai encore aucune réponse de sa part.
Je me dois d’alerter publiquement les autorités de mon pays qui se targuent avec beaucoup de gesticulations de défendre une laïcité positive."

Le directeur de la collection, Eric Mézil, a prétendu de son côté ne pas avoir été informé de la réaction de l'archevêché, et a démenti tout caractère "blasphématoire" de l'oeuvre offerte par l'artiste (qu'il présente par ailleurs comme "très catholique". Hum, qui peut se permettre de juger ainsi de la chose ?).

"C'est une crucifixion comme il en existe des milliers dans l'histoire de l'art. Il faut reprendre le contexte d'une oeuvre qui a été faite en 1987 au moment du sida aux Etats-Unis et qui reprenait une thématique un peu médiévale de ce que l'on appelait les humeurs du corps, le sang, la sueur, l'urine, les larmes", a ajouté M. Mézil

Il me sembe que les pires oeuvres trouvent toujours de beaux discours pour être justifiés. Mais là, c'est un peu spécieux !

Le député UMP Bernard Debré s'est ému lui aussi de cette exposition financée à fonds public qui n'aurait jamais osé ridiculiser d'autes symboles religieux que ceux des chrétiens.

Une nouvelle fois, des irresponsables osent, au nom d'une liberté d'expression galvaudée, salir une religion, car c'est bien le but. Curieuse conception de cette liberté d'expression qui de façon surprenante, s'exerce à sens unique, sans limite.

L'oeuvre a fait scandale dans presque tous les pays où elle a été affichée, jusqu'à être refusée à coups de marteaux en Australie. Craignant des violences, l'exposition a d'ailleurs fermé ses portes un week-end le temps de rassembler un meilleur service de sécurité. Les affiches présentant le Piss Christ ont été retirée pour la plupart, et ne seront vraissemblablement pas remplacées.

Après tout, le plus offensant dans cette triste histoire n'est pas tant qu'un artiste prétende se moquer de symboles religieux (encore que la justice semble avoir à ce sujet deux poids et deux mesures [1]) mais surtout que cette oeuvre offensante ait été délibérément placardée dans toute la ville, cité des papes, et choisie pour communiquer sur l'exposition.
M. Mézil se plaint de mails qu'il reçoit, mais il semble que c'est l'objectif qu'il visait : faire parler de son exposition !


Addendum 16/04/2011 : l'affaire ne peut être directement liée puisqu'elle se passe aux Etats-Unis, mais un américain de 34 ans a cru pouvoir lancer un message de haine contre les chrétiens en lançant de l'urine (apportée dans un pot) dans une église, sur l'autel et les livres saints. Il hurlait "Je hais les chrétiens" quand il a été arrêté... On ne peut quand même s'empêcher de songer au message que diffuse une telle oeuvre d'art.

Addendum 18/04/2011 : La photographie a été endommagée par des vandales qui sont entrés en payant leur ticket d'entrée. La photo était protégée sous un blindage et n'est que peu atteinte. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que ces vandalismes ont lieu, et c'était assez prévisible, selon France Soir. On croirait presque que tout cette provocation a été orchestrée pour que cela arrive, histoire de mettre l'exposition sous les projecteurs à moindres frais (une photo, ça se remplace il me semble).
Les voyous n'ont pas été très malins de tomber dans le piège.

Notes

[1] Un homme qui produisait des émissions (un artiste ?) s'est filmé en train de brûler puis d'uriner sur un Coran le 2 octobre 2010. Il a été poursuivi pour provocation à la discrimination, et incitation à la haine. Il encourait un an d'emprisonnement et 45 000€ d'amende. Le tribunal a finalement relaxé le 9 mai le prévenu : " La vidéo n'excède pas les limites de la liberté d'expression ", considère le tribunal correctionnel qui précise que le prévenu avait stigmatisé des "actes terroristes auxquels la communauté musulmane ne peut être assimilée".%%Le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) du Bas-Rhin dénonce un jugement "lamentable".